Plusieurs options existent pour le traitement chirurgical du tremblement essentiel incluant, les lésions par radiofréquence, la stimulation cérébrale profonde et la radiochirurgie GammaKnife du noyau latéro-ventral intermédiaire du thalamus. Récemment, la technique des ultrasons focalisés guidés par résonance magnétique (MRgFUS) a été développée comme un outil chirurgical moins invasif pour générer des lésions focales thermiques dans le cerveau.
Nous rapportons ici l’étude suivante : Thalamotomie unilatérale par la technique d’ultrasons focalisés guidés par résonance magnétique pour le tremblement essentiel : résultats pratiques et clinico-radiologiques.
W.S Chang, H.H Jung, E.J.Kweon, E.Zadicario, I Rachmilevitch et J.W Chang. J Neurol Neurosurg Psychiatry, 2015, 86 : 257-264.
Résumé
Les patients sont soumis à une évaluation du tremblement et une neuroimagerie à l’état initial et 6 mois après MRgFUS. La sévérité du tremblement et des défauts fonctionnels sont appréciés à l’état basal puis 1 semaine, 1, 3 et 6 mois après le traitement. Les effets secondaires sont ainsi évalués par questionnement direct, résultats en neuroimagerie et examen neurologique.
La faisabilité de la thalamotomie par MRgFUS a été tentée chez 11 patients présentant un tremblement essentiel pharmaco-résistant. Parmi eux, 8 patients sont allés jusqu’au bout du traitement par MRgFUS, alors que 3 patients n’ont pas pu le terminer du fait d’une température atteinte insuffisante. Tous les patients ayant subi le traitement complet montrent une amélioration immédiate des tremblements qui perdure plus de 6 mois. Il existe une corrélation linéaire entre le volume crânien et l’élévation maximale de température (régression linéaire, p=0,003). Excepté un patient qui présente une faible et tardive amélioration, aucun patient ne développe de complications chirurgicales significatives; cependant, environ la moitié des patients ont des accès de vertiges suite au traitement MRgFUS.
Ces résultats montrent que la thalamotomie par MRgFUS est une méthode chirurgicale sûre, efficace et moins invasive pour traiter les tremblement essentiel pharmaco résistants selon les auteurs. Cependant, avant l’application clinique de cette technique, plusieurs points doivent encore être résolus tels que la sélection optimale des patients et leur suivi pendant le traitement.
Introduction
Le tremblement essentiel est la plus commune anomalie des mouvements chez l’adulte, avec une prévalence estimée de l’ordre de 0,3-5,4% (1). Le tremblement essentiel est considéré comme un pur désordre du mouvement avec un décours clinique relativement bénin; cependant, ce désordre est souvent pharmaco-résistant et le traitement chirurgical est fréquemment recommandé pour gérer les tremblements invalidants (2). La thalamotomie stéréotaxique par radiofréquence et la stimulation cérébrale profonde (DBS) ciblant le noyau ventral intermédiaire du thalamus (Vim) ont prouvé leur efficacité pour traiter le tremblement essentiel et autres tremblements (3). Actuellement, la DBS est largement acceptée comme traitement chirurgical car cette thérapie est réversible et ajustable. Il est important de signaler que la qualité de vie est améliorée avec la thérapie DBS uni ou bilatérale ciblant le Vim, celle-ci étant associée à des effets bénéfiques à long terme sur le tremblement (4, 5). Cependant, bien que la stimulation thalamique soit tolérée dans plus de 30 % des cas, elle a des inconvénients incluant des complications inhérentes au matériel, des infections, des hémorragies, des exigences de coût et de maintenance (6, 7).
Le récent développement de la technique moins invasive des ultrasons focalisés guidés par résonance magnétique (MRgFUS) a poussé à étudier son utilisation chez l’homme dans des cas de tumeurs cérébrales ou lors de douleurs neuropathiques (8, 9). De plus, contrairement à la radiochirurgie stéréotaxique, le traitement peut être suivi en continu et en temps réel par IRM (imagerie par résonance magnétique) et RM (résonance magnétique)-thermographie (10-12). Ainsi, la technique lésionnelle cérébrale par MRgFUS apparait comme une approche plus sécurisante et plus précise que les lésions thermiques par radiofréquence conventionnelles.
Dans cette étude de faisabilité, les auteurs étudient les effets thérapeutiques et les issues relatifs à la thalamotomie du Vim par MRgFUS dans le tremblement essentiel pharmaco-résistant.
Méthodes
Sélection des patients
Des patients tremblement essentiel confirmés pharmaco résistants sont inclus dans cette étude. Ils sont éligibles à l’inclusion s’ils ont entre 18 et 80 ans et ont été initialement diagnostiqués tremblement essentiel puis confirmés par l’historique clinique et l’examen par un neurologue spécialiste des mouvements anormaux. Les critères d’exclusion incluent des troubles psychiatriques récents ou passés, l’abus de substances illicites et d’autres troubles neurologiques qui affectent le fonctionnement cérébral tels que la maladie de Parkinson, les contre-indications à l’IRM, les intolérances ou allergies aux agents de contraste utilisés pour l’IRM. Les doses de médicaments sont stables pendant 30 jours avant l’inclusion des patients et elles sont maintenues sans ajustement durant l’étude. Un total de 11 patients répondent à ces critères d’inclusion et subissent une thalamotomie par MRgFUS de mars 2012 à novembre 2012. Tous les patients reçoivent les résultats des tests cliniques standards et ceux d’imagerie nécessaires à l’étude basale. Les patients donnent leur consentement écrit stipulant qu’ils sont informés des procédures. Cette étude a reçu l’approbation des comités éthiques de la Korean Food and Drug Administration et du Comité local institutionnel.
Traitement chirurgical pour MRgFUS
Le scalp entier de chaque patient est rasé et la tête est fixée sur un appareil stéréotaxique (Radionics, USA). Une membrane flexible en silicone avec un trou central est ensuite fixé autour de la tête de chaque patient et scellée à la face externe du transducteur de façon à contenir l’eau dégazée et refroidie (15-20°c) qui circule dans la zone entre la tête et le transducteur. Cette membrane est suffisamment fine pour éviter des fuites d’eau sans gêner la circulation sanguine du scalp. Le traitement est effectué grâce à un système 3T-MRI (GE medical system, Milkaukee, Wisconsin, USA) utilisant le dispositif ExAblate 4000 (InSightec, Haifa, Israel), plateforme hémisphérique de 30 cm de diamètre, pourvue de 1024 éléments de transduction opérant à 650 kHz et guidée par un positionneur mécanique.
Au stade initial du positionnement, le noyau Vim (14-15 mm de la ligne médiane, 6-7 mm de la commissure antérieure et de la ligne inter-commissurale) est identifié. Puis, les auteurs mesurent les distances entre la paroi antérieure du 3ème ventricule (distance 11-13 mm) à celle du bord latéral du thalamus (distance optimale 2 mm), coordonnées recommandées pour la thalamotomie GammaKnife (13-14). Plusieurs sonications de basse amplitude sous le seuil d’ablation sont alors appliquées pendant 10-20 s pour induire un pic de température de 40-42°C. Ces sonications permettent de vérifier la position et la taille du spot thermique et de déterminer avec sécurité le profil des paramètres de sonication à appliquer. Des sonications à haute amplitude sont ensuite appliquées, sous guidage IRM et MR-thermométrie, par étapes successives augmentant ainsi le pouvoir acoustique et énergétique de façon à arriver à un pic de température de 55-62 °C. Après avoir procédé à la lésion selon ces critères, une seconde lésion plus large est faite pour traiter le tremblement. Cette seconde lésion est particulièrement utile dans les cas où le tremblement n’est pas suffisamment amélioré après la première lésion. La position de cette seconde lésion est déterminée selon la réponse obtenue suite à la première lésion et tient compte de l’apparition d’effets secondaires observés durant les différents tests de sonication.
Pendant l’ensemble de ces séries de sonications, les patients sont examinés de façon répétitive et questionnés pour s’assurer de leur intégrité neurologique et pour tester
- les changements dans la qualité, l’extension et l’intensité de la douleur,
- les améliorations potentielles somato-sensorielles,
- l’apparition de manifestations somato-sensorielles, vestibulaires et/ou végétatives,
- l’absence de déficit moteur ou somato-sensoriel et toute manifestation ou effet secondaire insupportable.
Evaluations après MRgFUS
La sévérité du tremblement et les troubles fonctionnels sont évalués selon les critères de l’échelle clinique du tremblement (CRST) (13) à l’état basal puis à 1 semaine, 1, 3 et 6 mois après le traitement. Les effets secondaires sont appréciés par questionnement direct et examen neurologique. Des examens en IRM-3T (GE medical system, Milwaukee ; Wisconsin, USA) sont effectués successivement à 1 jour, 1 semaine, 1, 3 et 6 mois post-traitement.
Analyse statistique
Les résultats cliniques et d’imagerie sont analysés conjointement. Le test non paramétrique Mann-Whitney U est utilisé pour comparer les vertiges induits par la résonance magnétique et autres paramètres. La régression linéaire utilisée pour l’analyse de corrélation entre l’élévation maximale de température et le volume du crâne est évaluée selon un test à 2-voies : logiciel SPSS V.18.0 (NCSS, Kaysville, Utah, USA) avec un seuil de significativité à p<0.05.
Résultats démographiques et cliniques
Les images axiales d’IRM pondérées en T2 de la thalamotomie démontrent la présence d’une petite lésion précise du noyau Vim (figure 1).

Le traitement MRgFUS peut être considéré complet chez 8 des 11 patients. L’amélioration du tremblement est évaluée par les composantes du test CRST (échelle clinique d’évaluation du tremblement) chez ces 8 patients. Les résultats sont listés dans la figure 2. Six mois post-opératoire MRgFUS, la composante A (localisation du TE) du CRST est améliorée de façon remarquable de 5.1 à 1.4. A la même période, la composante B (écriture, dessin) du CRST est améliorée de 13 (état pré-opératoire) à 2.6 et la partie C (ADL : actes de vie quotidiens) est améliorée de 13.5 (état pré-opératoire) à 2.8 (figure 2).

Augmentation de température pendant la thalamotomie par MRgFUS
La moyenne du pic focal de température atteint au cours des traitements MRgFUS est de 55 + 3.3°C (de 48-61°C). Les auteurs ont été incapables de léser thermiquement 3 patients sur 11 du fait d’une augmentation inadéquate de température (au dessous de 50°C). Dans ces cas, les auteurs ont essayé d’augmenter la température en augmentant l’énergie de sonication ; cependant, la température maximale atteinte est encore inférieure à 42°C bien que au-dessus de 24 000J (1200W-20s) soit 28 fois l’énergie initiale appliquée. Il est intéressant de signaler que ces incapacités à atteindre des températures adéquates sont corrélées à des volumes crâniens plus importants situés entre l’aire commissure antérieure-commissure postérieure (ligne AC-PC) (HU 100-2000, AquariusNET V.4.4.6 (TerraRecon, San Mateo, Califormia).
Suivis en utilisant l’imagerie conventionnelle 3.0 TRM
Les images par IRM sont immédiatement prises en post-opératoire du traitement MRgFUS et 1 jour, 1 semaine, 1, 3 et 6 mois post-thalamotomie. Les séquences incluant les images pondérées en T1 (avec ou sans exhausteur de contraste), et en T2, images de diffusion, sont analysées (figures 1 et 4). Les changements sur les images en T1 et T2 sont très nets à 1 mois puis s’atténuent et deviennent invisibles sur les images prises 3 et 6 mois après traitement. Il est aussi intéressant de constater que les augmentations de contraste des images pondérées en T1 montrent aussi une succession de changements. Sur les images prises immédiatement en post-opératoire, une augmentation est observée sur le pourtour de la zone de traitement mais celle-ci disparait 1 jour post-opératoire suggérant que ce phénomène pourrait être dû à des changements de perméabilité de la barrière hémato-encéphalique après MRgFUS.

Complications durant et après MRgFUS
Les auteurs ont constaté que 5 patients sur 11 souffrent de divers troubles vestibulaires tels que vertiges, nausées et vomissements au milieu des sonications. Il n’y a pas de différence significative dans la durée d‘exposition dans la salle MR entre patients avec ou sans troubles vestibulaires (260 min pour ceux avec symptômes vestibulaires vs 227 min pour ceux sans troubles, p=0.361).
De plus, 1 patient présente un trouble transitoire et faible de l’équilibre dû à un œdème adjacent au lemnisque médian. Ce patient a reçu une thérapie orale de stéroïde pendant 1 mois qui a entraîné la disparition des troubles. Aucun des autres patients ne rapporte d’effets secondaires.
Discussion
Efficacité clinique de la MRgFUS
Les auteurs montrent que la thalamotomie par MRgFUS procure un contrôle efficace du tremblement avec un minimum d’effets secondaires chez des patients atteints de tremblement essentiel. Comparativement aux autres approches chirurgicales conventionnelles telles que DBS, thalamotomie par radiofréquence ou GammaKnife, le traitement MRgFUS présente des avantages substantiels compte tenu de sa capacité à évaluer les régions cibles et les symptômes durant sa mise en œuvre. Par exemple, basée sur la localisation par IRM, la taille de la lésion peut être élargie en fonction du degré d’amélioration des symptômes. Dans cette étude, les résultats IRM après lésions thermiques utilisant MRgFUS sont identiques à ceux observés après thalamotomie par radiofréquence. De plus, la température requise pour l’obtention d’une lésion conséquente est inférieure à 60°C, température beaucoup plus basse que celle nécessaire pour faire des lésions en utilisant la technique de radiofréquence.
Dans cette étude de faisabilité, les auteurs démontrent que le traitement par MRgFUS a des effets stables et bénéfiques sur le tremblement essentiel qui perdurent plus de 6 mois. Théoriquement, on pouvait s’attendre à ce que les effets secondaires soient identiques à ceux de la thalamotomie par radiofréquence dans la mesure où les régions critiques situées près du thalamus moteur sont probablement affectées par les 2 traitements. Cependant les risques de dommages par MRgFUS sont très faibles compte tenu de la possibilité de suivre les lésions en temps réel durant les sonications. Comme la thalamotomie GammaKnife, MRgFUS est une approche moins invasive pour cibler le thalamus. Cependant, des différences existent entre ces deux techniques. Par exemple, le traitement GammaKnife peut avoir des effets secondaires dus aux radiations ionisantes. A l’inverse, en plus de permettre l’ajustement à la zone ciblée et la modification des paramètres de traitement pendant l’opération, la MRgFUS, utilisant l’énergie ultrasonique, présente un avantage supplémentaire en termes de sécurité.
Deux mécanismes sont impliqués dans l’effet thérapeutique de l’énergie des ultrasons, un effet thermique et un effet non thermique. Considérant que les techniques par ablation thermique ont été utilisées depuis plus de 50 ans, nous pouvons affirmer que les effets secondaires résultent de mécanismes non thermiques. Les effets non thermiques de l’énergie ultrasonique sont causés par la pression alternative qui peut créer des bulles d’air appelées cavitations acoustiques. L’effet de cavitation acoustique sur le tissu cérébral est encore en cours d’investigation de sorte qu’il pourrait être évité pendant le traitement MRgFUS. Le protocole MRgFUS qui suit en temps réel par IRM ces signaux de cavitation est une solution. Ainsi, il apparait que MRgFUS peut être utile dans le suivi des effets secondaires différés ou non prévus. Cependant, ceci ne peut encore être confirmé tant qu’on ne dispose pas de données sur le suivi à long terme.
Ciblage du noyau Vim durant la thalamotomie par MRgFUS
Il existe actuellement deux méthodes pour localiser les noyaux spécifiques lors d’une chirurgie stéréotaxique : un ciblage anatomique ou un ciblage électro-physiologique. La localisation anatomique prend en compte les positions AC-PC basées sur les indications indirectes ou directes des cibles par imagerie personnalisée. Mais ces méthodes ont chacune leurs limites. Par exemple, le ciblage indirect ne prend pas en considération les différences de forme et de taille de chaque noyau alors que le ciblage direct ne peut pas être utilisé si le contour du noyau ciblé est invisible sur les images disponibles. Pour surmonter ces limitations, les résultats électro-physiologiques, spécialement ceux obtenus par des enregistrements à l’aide de microélectrodes (MERs), sont couramment utilisés durant la chirurgie stéréotaxique. Les résultats MER peuvent aider à l’identification du noyau ciblé par l’observation des décharges spécifiques à chaque noyau et à la détection des réponses aux stimulations motrices et sensorielles. MER peut aussi être utile pour délimiter les contours du noyau d’intérêt. L, l’un des plus importants avantages de la technique MRgFUS est que l’incision de la peau n’est pas nécessaire ; cependant en contrepartie, cet avantage limite l’extension d’emploi de MER. Ainsi, le ciblage du Vim durant la thalamotomie par MRgFUS sera majoritairement restreint au ciblage anatomique.
Dans cette étude, les auteurs ont donc utilisé des méthodes directes ou indirectes pour déterminer la position du Vim en se référant à des expériences utilisant d’autres procédures telles que la thalamotomie par GammaKnife, par microfréquence ou par DBS. Par ailleurs, ils ont utilisé les réponses neurologiques, spécialement les changements sensoriels durant les tests de sonications, pour identifier le bord postérieur du Vim. Le noyau ventro-oral postérieur (Vop) est localisé sur le bord antérieur du Vim. Du fait que le Vop est principalement connecté au circuit pallidal, les tests de sonication de cette région ne provoquent pas de changements neurologiques. Bien que cela signifie que la lésion de ce noyau soit épargnée, il peut être difficile de délimiter les contours Vim-Vop lors des ces essais. De plus, considérant que la profondeur de la lésion par MRgFUS est d’environ 5 mm, soit celle de la distance antéro-postérieure du Vim, la possibilité qu’une partie du Vop soit lésée existe. Pour l’éviter, les auteurs observent avec précaution, la symptomatologie des tremblements durant ces tests, sachant que le Vop est généralement inefficace sur ceux-ci. En l’absence de suppression du tremblement, ils se dirigent plus postérieurement et répétent la sonication. Avec cette approche étape par étape, ils déterminent ainsi la position optimale nécessaire à la suppression du tremblement et ils effectuent alors une lésion permanente à cet endroit. De plus, ceci permet de déterminer la direction à utiliser pour la prochaine lésion. Ainsi, en utilisant ces techniques de ciblages successifs, ils sont capables de traiter les tremblements chez tous les patients par thalamotomie MRgFUS, même dans les cas où des régions mineures du Vop sont affectées.
Timing optimal pour le suivi de l’imagerie IRM : discordance entre résultats cliniques et radiologiques
Les résultats d’imagerie peuvent présenter des changements structuraux suite au protocole chirurgical et les neurochirurgiens prennent acte de l’imagerie IRM pour prédire le devenir chirurgical et le pronostic. Cependant, le temps optimal pour effectuer l’imagerie IRM est encore controversé du fait de changements postopératoires incluant le gonflement tissulaire, la collection du liquide céphalorachidien, la formation d’hématomes, qui peuvent empêcher l’évaluation et l’interprétation (19). Elias WJ et al., comparent l’imagerie et les changements histologiques après ultrasons focalisés, lésions par radiofréquence ou par radiochirurgie dans le thalamus de porc (20). Ainsi, il apparait que les ultrasons focalisés induisent des nécroses tissulaires et des œdèmes péri-lésionnels clairement visibles pendant les 10 jours post-expérience. Cependant, ces cavités lésionnelles collapsent en 1 mois rendant alors difficile leur visualisation par IRM.
Dans cette étude, les données IRM ont été prises 1, 7 jours, 1, 3 et 6 mois post-opération (figure 1). En absence d’informations sur des changements d’imagerie après un tel traitement chez l’homme, les auteurs étaient soucieux de savoir s’il pouvait y avoir des altérations transitoires ou permanentes induites par MRgFUS. N’ayant aucune information sur la durée optimale à respecter, ils ont pratiqué l’examen IRM à des intervalles de temps courts de façon à obtenir le plus d’information sur les éventuels changements qui interviendraient. De façon intéressante, des changements au niveau du site ciblé sont clairement visibles sur les images pondérées en T1 et T2 prises avant 1 mois. Puis, ces changements s’estompent au cours du temps et deviennent invisibles 6 mois après traitement. Un tel phénomène a été observé dans d’autres études, par suivi d’imagerie, 3 mois après un traitement MRgFUS (21, 22). Au contraire, une étude rapporte des changements suivis par imagerie 1 an après le traitement par MRgFUS dans le cas de douleurs neuropathiques, qui indiquent des lésions discrètes au niveau des aires cérébrales traitées. Pris conjointement, un intervalle de 7-10 jours après traitement apparait optimal pour estimer la localisation du site et les changements tissulaires aigus. De plus, dans les cas où ils recherchent à estimer des changements chroniques, les scans IRM peuvent être envisagés 6 mois post-traitement. Un autre résultat intéressant à signaler est la discordance entre les résultats cliniques et radiologiques. En effet, comme mentionné ci-dessus, bien que les lésions induites s’estompent en fonction du temps, les effets bénéfiques perdurent plus de 6 mois après traitement. A ce stade précoce de l’étude, les auteurs se posent la question de la durabilité du traitement à cause de ce phénomène. La tolérance à long terme est assez fréquente après traitement DBS (23). Ainsi, ils ne peuvent envisager la possibilité de tolérance à plus long terme, celle-ci devra être suivie par des évaluations cliniques et radiologiques appropriées.
Autres problèmes de la MRgFUS restant à régler : effet du volume crânien et de l’épaisseur sur les augmentations de température
Le concept de chirurgie par ultra-sons focalisés de haute intensité a été introduit dès les années 1940. Cependant il a fallu longtemps pour que cette technique soit utilisée en radiochirurgie du fait que le crâne sert de barrière à la transmission de l’énergie ultrasonique au niveau du tissu cérébral. Le développement de réseau phasé ultrasonique a permis de surmonter ce problème et montré qu’il est possible de focaliser l’énergie ultrasonique dans le cerveau sans craniotomie en utilisant un réseau de 500 éléments phasés ultrasoniques (25).
Dans cette étude, les auteurs n’ont pas réussi à atteindre une température suffisamment élevée chez 3 des 11 patients. Les raisons de cet échec sont diverses incluant un défaut de transmission d’énergie à travers le crâne, des erreurs mécaniques ou techniques ou autres facteurs encore inconnus. Puisque 8 des patients ont subi avec succès le traitement, les auteurs se focalisent sur les problèmes crâniens. En effet, il est intéressant de noter qu’il existe une corrélation linéaire entre le volume crânien et la température maximale atteinte au niveau du site-cible (figure 4).

Bien que divers facteurs puissent affecter le focus de l’énergie tels que la forme du crâne, la densité et les ratios os corticaux / os à moelle, l’angle d’introduction de l’ultrason dans le crâne, il semble que ceux qui concernent les caractéristiques du crâne inhérentes à chaque patient constituent le problème majeur à résoudre. Les auteurs indiquent aussi dans cette étude les précautions à prendre pour éviter les signaux de cavitation et les complications telles que les saignements. Tous ces points sont donc à prendre en considération avant d’utiliser l’approche MRgFUS (26).
Autre problème en suspens : vertiges induits par la résonance magnétique à haut champ
Durant l’expérience, environ la moitié des patients présente des symptômes vestibulaires transitoires qui miment un état de faiblesse avec nausée, vomissement et déséquilibre. Dans un premier temps, les auteurs ont interprété ces symptômes comme résultants d’une profonde anxiété. Cependant du fait de leur forte intensité, d’autres facteurs sont à envisager. Ainsi, l’exposition à un champ magnétique peut induire des altérations aussi bien au niveau cellulaire que sur la cognition ou le comportement (27). Le symptôme vestibulaire MRVI est bien connu chez des patients exposés à des champs magnétiques > à 2.0 T et sa sévérité augmente en fonction du temps d’exposition et des fréquences utilisées (28). Bien que dans cette étude, les champs magnétiques soient limités en fréquence et transitoires, certains patients présentent des troubles vestibulaires importants qui les obligent à se reposer au cours du protocole.
Un autre problème est celui de la durée du protocole entre les temps de sonication et de refroidissement, responsable des déséquilibres observés chez certains patients. Le temps de sonication étant de l’ordre de 20s, il faut donc optimiser le temps de refroidissement, proportionnel à l’énergie délivrée, au niveau de la cible. Par ailleurs, ne connaissant pas les répercussions des sonications à haute fréquence au niveau tissulaire, il faut augmenter graduellement celles-ci en puissance, rallongeant ainsi le temps du protocole, tout en diminuant conjointement leur nombre de façon à atténuer le risque du symptôme MRVI.
Conclusions
Les résultats de cette étude démontrent les effets bénéfiques du traitement par MRgFUS chez des patients avec tremblement essentiel . Cette approche présente des avantages sur les techniques chirurgicales conventionnelles telles que DBS, thalamotomie par radiofréquence et GammaKnife. Premièrement, elle est moins invasive. Deuxièmement, elle s’effectue dans une salle d’IRM et la température peut être sélectionnée et suivie en temps réel en utilisant l’IRM-thermographie qui permet de visualiser avec précision la taille et la localisation de la lésion au niveau du thalamus et de pouvoir effectuer les ajustements nécessaires. De plus, le suivi thermique permet de sécuriser le site lésionnel sans qu’il soit nécessaire d’introduire des microélectrodes. Enfin, cette approche présente la supériorité, comparativement aux lésions en aveugle faites par GammaKnife, de pouvoir optimiser immédiatement la lésion dans le thalamus moteur. Il reste cependant certains points à améliorer avant de pouvoir appliquer cette technique en clinique, incluant la sélection des patients et leur suivi durant le traitement.
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