Marie, 18 ans, le regard des autres

Cela a commencé il y a maintenant une dizaine d’années. Je ne crois pas que ce soit moi qui m’en sois aperçu mais mon entourage. Très léger au départ, il n’a fait qu’augmenter au fil du temps. C’est pour moi le regard des autres qui me gêne le plus dans cette maladie car sinon, mon tremblement ne m’empêche pas d’accomplir des tâches quotidiennes, bien que certaines me soient difficiles. En public, j’y pense quasiment en permanence, surtout devant la moindre situation stressante. Avec le recul, c’est incroyable le nombre de réflexions idiotes que l’on a pu me faire en dix ans. Dans notre société, la moindre différence est repérée et jugée. Boire un verre, prendre sa monnaie, rouler une cigarette, sans parler de trinquer, sont des gestes banals pour la majorité des personnes mais angoissantes pour moi. Alors quand la situation se complique, je ne vous raconte pas. Passer à l’oral est un véritable calvaire, alors que je suis passionnée par les arts de la scène. Cette maladie m’a fait mettre de côté mon rêve de musique, après plusieurs échecs pour jouer en public. J’y suis pourtant déjà parvenu, et la joie n’a été que plus grande. Je ne me sens pourtant pas capable de me battre dans ce domaine. Je suis allée voir de nombreux neurologues, mais aucun d’eux ne m’a prise au sérieux. J’ai tout de même été diagnostiqué il y a environ deux ans. Plus jeune, ma mère m’a emmené voir magnétiseur, hypnotiseur et autres spécialistes du genre sans grands effets. Je reconnais ne pas vraiment y avoir mis du mien car je trouvais cela ridicule. Parfois, mon tremblement me fait penser que je ne ferais jamais rien de ma vie, que je suis un cas désespéré, laissé sur le bord de la route. D’autres jours, j’y pense à peine et blague même dessus avec mes amis. Tant qu’à faire !

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