Une équipe norvégienne dresse un bilan à long terme des effets de la stimulation cérébrale profonde dans le tremblement essentiel.
La stimulation cérébrale profonde du noyau ventro intermédiaire (VIM) du thalamus est un moyen efficace pour agir sur les symptômes du tremblement essentiel. Elle est réservée aux formes sévères réfractaires aux médicaments. Mais quel recul avons-nous sur ce traitement ? Qu’en est-il de la diminution de l’efficacité de la stimulation avec le temps, du ressenti des patients, des effets indésirables, de la mortalité ? Pour répondre à ces questions, les études rétrospectives sont rares. D’où l’intérêt de celle menée à la Faculté de médecine d’Oslo sur les patients avec tremblement essentiel ayant reçu une stimulation cérébrale profonde du VIM sur une période allant de 1996 à 2010.
Il s’agit d’une large étude qui porte sur 46 patients, dont 40 avec électrodes bilatérales. La durée moyenne du suivi est de 5.5 ans. L’âge médian des patients à la fin de l’évaluation est de 71.6 ans (39-90). Le taux de mortalité a été calculé sur 46 patients mais, compte tenu des décès ou des handicaps, seuls 37 patients ont reçu un questionnaire auquel 26 d’entre eux ont répondu (70 %). La durée moyenne de suivi de ces patients est de 6.0 ans. Le questionnaire en 20 points permet aux patients d’exprimer leur évaluation personnelle de l’effet du traitement. L’indice de satisfaction va de 0 (pas satisfaisant) à 10 (satisfaction maximale). Les patients sont interrogés sur 2 périodes : une première, correspondant à l’établissement d’un effet stable de la stimulation et une seconde située à plus long terme, à savoir en 2012. Le questionnaire porte aussi sur les performances au travail et sur d’éventuels troubles du comportement.
Les diverses réponses au questionnaire d’autoévaluation (26 patients) montrent un score moyen de 8.5 pendant la première période post opératoire. Ce score passe à 7.4 pour la période plus tardive. Cette diminution est modeste mais significative d’un point de vue statistique. Quant au score moyen de satisfaction globale, il est de 10, sur une échelle de 0 à 10.
L’effet indésirable le plus souvent rapporté concerne les troubles de l’articulation (dysarthrie) (65%). On note aussi des maux de tête (35%) et des fourmillements (23%). Des difficultés de coordination et des vertiges sont aussi mentionnés (15-19%) mais ne sont pas considérés comme sévères.
La stimulation cérébrale profonde n’a pas d’effet significatif sur la situation professionnelle des patients. Huit d’entre eux avait un statut d’invalidité reconnu avant d’avoir recours à la chirurgie. Un patient a pu reprendre son travail à plein temps et un autre à temps partiel.
Le taux de survie 10 ans après l’implantation des électrodes est de 80 %. Par comparaison avec l’ensemble de la population norvégienne, la mortalité n’est pas plus élevée chez les patients tremblement essentiel traités par stimulation cérébrale profonde.
À ce jour, il n’existe pratiquement pas de données sur les risques de suicides chez les patients tremblement essentiel traités par stimulation cérébrale profonde. Dans la présente étude, un patient de 73 ans s’est suicidé 7 mois après la chirurgie alors qu’il n’avait pas d’antécédent psychiatrique et que l’effet de la stimulation sur son tremblement était excellent. Notons que certaines études sur le taux de suicide chez des patients parkinsoniens traités avec stimulation cérébrale profonde ont mis en évidence une augmentation de ce taux alors que d’autres études n’ont pas trouvé de différence. Pour le moment, on ne peut pas se prononcer sur une éventuelle augmentation du risque de suicide après stimulation cérébrale profonde ni sur une éventuelle influence de la zone stimulée.
Les paramètres de stimulation sont aussi analysés. Ils ont été mesurés chez 30 patients sur des périodes de 3 à 8 ans. La tension moyenne et la fréquence augmentent significativement entre la première année post opératoire et la période finale de suivi (2.3 V contre 3.5 V et 148 Hz contre 181 Hz). Ce résultat a été observé dans d’autres études sans qu’on sache clairement s’il est du à une progression de la maladie ou à une tolérance de la stimulation.
En conclusion, cette étude montre qu’il n’y a pas d’augmentation de la mortalité chez les patients tremblement essentiel traités avec la stimulation cérébrale profonde du VIM et que le taux de survie est élevé. Les effets indésirables sont généralement bien tolérés. Les patients manifestent un net contentement et font état d’un effet durable de la stimulation sur le tremblement. Ces résultats suggèrent que la stimulation bilatérale du VIM est un traitement symptomatique efficace du tremblement essentiel avec un rapport bénéfice/risque favorable.
Suivi à long terme des effets de la stimulation profonde du thalamus dans le tremblement essentiel : satisfaction des patients et mortalité.
Long-term follow-up of thalamic deep brain stimulation for essential tremor – patient satisfaction and mortality.
MN Borretzen, S Bjerknes, T Saehle, M Skjelland, IM Skogeid, M Toft, E Dietrichs.
Faculté de Médecine, Université d’Olso, Oslo, Norvège.
BMC Neurology 2014, 14 : 120.
traduction : Marie-Hélène Bassant
en collaboration avec ScienSA’s
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