La thalamotomie par ultrasons focalisés guidés par résonance magnétique (MRgFUS) utilise plusieurs faisceaux ultrasoniques convergents à haute énergie pour produire des lésions thermiques dans le thalamus. L’imagerie par résonance magnétique (IRM) postopératoire précoce démontre l’emplacement et l’étendue de la lésion, mais il n’y a pas de consensus sur l’utilité ou la fréquence de l’imagerie postopératoire. Dans cette analyse rétrospective d’une grande série consécutive de procédures unilatérales MRgFUS chez des patients atteints de tremblement essentiel (TE), les auteurs ont cherché à évaluer l’évolution et l’incidence de la persistance lésionnelle sur l’imagerie IRM pondérée en T2 et à corréler cela avec les résultats des tremblements et les effets secondaires à 3 mois et 1 an. Des études antérieures indiquaient par IRM 24h post-thalamotomie MRgFUS, qu’une lésion plus grande était corrélée à un plus grand nombre d’événements indésirables et que la taille des lésions étaient influencés par divers paramètres des sonications (puissance, température, distance entre les sonications individuelles).
Objectif de l’étude
C’est pourquoi les auteurs ont recherché si les caractéristiques des patients (âge, rapport de densité crânienne), le score de tremblement préopératoire et les paramètres de sonication influençaient l’évolution de la lésion et si les caractéristiques d’imagerie étaient corrélées avec les résultats cliniques.
Méthode
Au total, 215 thalamotomies unilatérales effectuées entre Juin 2017 et Avril 2022 ont été analysées rétrospectivement. Les protocoles : sélection des patients, procédure MRgFUS et collectes des données étaient connues. Brièvement, l’âge des patients avec TE variait de 59 à 94 ans (moyenne ±écart-type, 75,4 ± 6,7), la plupart des patients étant des hommes (71,1 %). Les scores de tremblement selon l’échelle Fahn-Tolosa-Marin (FTM) (de la tête, de la voix, du repos, de la posture et de l’intention) préopératoires de base variaient de 3 à 16 (7,0 ± 2,4), les scores d’intention FTM allant de 1 à 4 (3,2 ± 0,7). Pour l’intervention, la tête du patient avait été reliée à un 3T-IRM (GE Medical System) connecté à un transducteur ExAblate 4,000 MRgFUS (InSightec Inc., Israël). Les coordonnées du noyau Vim avaient été déterminées pour chaque patient. Pour chaque procédure, les paramètres de sonication avaient été enregistrés, y compris le nombre de sonications de traitement (défini comme l’énergie >5 000 J), la puissance maximale, l’énergie maximale, la durée maximale et la température maximale (environ 55-60°C) et pour soulager au maximum les tremblements, la distance maximale entre les cibles prévues. Des effets secondaires avaient également été notés notamment une faiblesse motrice, des déficits sensoriels, une dysarthrie, de la fatigue, un déséquilibre, une dysgueusie et des problèmes de coordination/dysmétrie. Tous les patients avaient subi une imagerie par résonance magnétique IRM, 24h postopératoire; 106 avaient eu une imagerie à 3 mois et 32 une imagerie à 1 an. A partir de l’ensemble de ces données, les IRM axiales et coronales pondérées en T2 ont alors été analysées visuellement sur une échelle binaire pour détecter la présence de lésions et, lorsqu’elles étaient visibles, les volumes de lésions ont été mesurés. Les séquences SWI (imagerie de susceptibilité magnétique exploitant l’effet BOLD et les différences de susceptibilité magnétique entre tissus) et les séquences de diffusion DWI (basées sur la mesure du mouvement brownien des molécules d’eau) ont été analysées lorsqu’elles étaient disponibles. Les résultats cliniques, y compris les scores de tremblements et les effets secondaires, ont été pris en compte à ces mêmes moments. Des tests statistiques appropriés ont permis d’évaluer la significativité des résultats obtenus.
Résultats
Tous les patients présentaient des lésions visibles sur l’IRM pondérée 24 h postopératoire, avec un volume moyen de 307,4 ± 128,7 mm3. À 3 mois, les lésions résiduelles étaient détectables chez 59,0 % des patients (n = 69) et étaient 83,6 % plus petites en moyenne avec un volume de 38,7 (19,2-64,4) mm3 (p < 0,0001). Pour les patients qui avaient des séquences SWI (n = 17), un signal SWI visible était présent dans tous les cas à 3 mois. La majorité des lésions étaient également visibles sur DWI (n = 38, 97,4 %). Des lésions à 1 an étaient détectables chez 52,9 % des patients (n = 18). Les lésions résiduelles [18,9 (12,5–35,9) mm3] étaient en moyenne 90,7 % plus petites que celles à 24 h (p < 0,0001) et 46,5 % plus petites qu’à 3 mois (p = 0,110). À 3 mois, moins de sonications, une puissance maximale plus élevée et une plus grande distance entre les sonications individuelles avaient conduit à des volumes de lésions plus importants. Le volume lésionnel à 24 h ne permettait pas de prédire une visibilité plus tard. En revanche, la visibilité des lésions et la taille des lésions à 3 mois et 1 an étaient corrélées à certains effets secondaires, en particulier la faiblesse et les déficits sensoriels
Conclusion
Les lésions étaient visibles et significativement plus petites au fil du temps sur l’IRM pondérée en T2 chez seulement la moitié des patients à la fois à 3 mois et 1 an post-intervention unilatérale. À 3 mois, une analyse par régression multivariée a montré qu’un plus petit nombre de sonications, une plus grande puissance maximale et une plus grande distance entre les cibles de sonication conduisaient à des lésions plus persistantes. Des analyses indépendantes ont montré que les patients plus âgés avaient tendance à avoir des volumes plus petits à 3 mois. Bien que la présence ou la taille de la lésion à 3 mois ne soit pas une variable prédictive des résultats sur les tremblements, elle prédirait les effets secondaires sensoriels. Dans l’ensemble, l’imagerie IRM postopératoire pondérée en T2 à 3 mois et au-delà n’a pas fourni de données cliniquement significatives.
À l’avenir, alors que davantage d’interventions FUS bilatérales seront effectuées comme traitement efficace du TE, cette étude soutient le recours à l’imagerie IRM postopératoire précoce pour leurs planifications et le suivi de leurs évolutions temporelles.
Article original Longitudinal MR imaging after unilateral MR-guided focused ultrasound thalamotomy: clinical and radiological correlation. Blitz SE, Chua MMJ, Ng P, Segar DJ, Jha R, McDannold NJ, DeSalvo MN, Rolston JD, Cosgrove GR. Front Neurol. 2023 Oct
Traduction : Dr Nicole SARDA, ex Directeur Recherche INSERM-NeuroPsy.



