.Certaines régions de l’hippocampe présentent des anomalies qui sont associées à des troubles cognitifs dans le tremblement essentiel.

 

Contexte

Les patients souffrant de tremblement essentiel (TE) présentent fréquemment des déficits cognitifs touchant divers domaines tels que l’attention, la concentration, les mémoires à court et long terme, les fonctions exécutives. Pour autant, le corrélat neuro-anatomique pouvant rendre compte de ces troubles n’a pas été déterminé avec précision. Un syndrome cognitif a bien été décrit en relation avec une atteinte du cervelet mais il ne recouvre pas tous les déficits observés dans le TE. L’étude de Prasad et collaborateurs a pour but de préciser le rôle de l’hippocampe dans les troubles cognitifs liés au TE. Les auteurs ont choisi la formation hippocampique (hippocampe proprement dit, gyrus denté et subiculum) car cette région cérébrale joue un rôle crucial dans l’apprentissage, la mémoire, l’attention, les fonctions exécutives et visiospatiales. Il est reconnu que ces fonctions sont altérées quand l’hippocampe est atteint au cours de diverses maladies ou du vieillissement.

Méthodes

La cohorte étudiée se compose de 40 patients atteints de TE et de 40 sujets contrôles, d’âge et de sexe comparables. La durée moyenne de la maladie était de 9,15 ± 7,3 ans. Les facultés cognitives ont été estimées au moyen d’une batterie de tests neuropsychologiques (mesures de la mémoire de travail, de la mémoire verbale, de reconnaissance faciale etc). Les patients TE ont été séparés en deux groupes, selon qu’ils présentaient (25 patients) ou non (15 patients) des troubles cognitifs. Les images de la formation hippocampique obtenues par IRM (imagerie par résonance magnétiques) ont été d’abord analysées par un neuroradiologiste, pour détecter d’éventuelles anomalies structurelles. Puis une segmentation automatique des régions hippocampiques a été réalisée avec un logiciel adapté. Les volumes des différentes régions de l’hippocampe ont été quantifiés puis corrélés avec les résultats des tests neuropsychologiques.

Résultats

La comparaison entre sujets contrôles et patients TE met en évidence des atrophies significatives dans les régions suivantes : le subiculum gauche, le champ CA4, la couche des cellules granulaires du gyrus denté, la couche moléculaire droite. Des hypertrophies ont été observées dans les deux parasubiculum, la zone de transition entre l’hippocampe droit et l’amygdale et les deux segments postérieurs (ou queue de l’hippocampe). On note enfin un élargissement de la fissure hippocampique droite. Une tendance à l’atrophie du subiculum droit et un élargissement de la fissure hippocampique gauche ont aussi été observés.

La comparaison entre sujets contrôles et patients TE avec déficits cognitifs montre chez ces derniers une atrophie du subiculum droit, une hypertrophie bilatérale du parasubiculum, des segments postérieurs et un élargissement de la fissure hippocampique gauche. On note également une tendance à l’élargissement de la fissure hippocampique droite chez ces mêmes patients. Les patients TE sans déficit cognitif ont une hypertrophie du parasubiculum gauche. En comparant les deux groupes de patients ET, ceux qui présentent des déficits ont une atrophie bilatérale de la fimbria.

Des corrélations significatives ont été observées entre les volumes des segments postérieurs, de la fissure hippocampique, de la fimbria et les performances aux tests mesurant les fonctions exécutives, la mémoire de travail et la mémoire verbale.

Discussion

Les auteurs reconnaissent que l’étude a ses limites. Il aurait été souhaitable qu’elle porte sur un plus grand nombre de patients et que les âges dans chaque groupe soient plus homogènes. D’autres paramètres pouvant jouer sur la cognition, par exemple les troubles du sommeil, n’ont pas été considérés. Enfin, une meilleure résolution des images aurait apporté plus de précision dans la délimitation des subdivisions  de l’hippocampe. Malgré ces réserves, ces résultats montrent que chez les patients TE différentes régions de l’hippocampe présentent des volumes anormaux, atrophies ou hypertrophies. Les auteurs suggèrent que ces anomalies peuvent jouer un rôle important dans les troubles cognitifs observés dans la maladie.

Publication originale : Abnormal hippocampal subfields are associated with cognitive impairment in Essential Tremor. Prasad S, Shah A, Bhalsing KS, Kumar KJ, Saini J, Ingalhalikar M, Pal P.K. J.Neural Trans 2019, 126: 597-606.

Traduite par Marie-Hélène Bassant, relecture Nicole Sarda, ScienSAs’/Inserm.

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