Mathieu Anheim

Le tremblement essentiel une affection neurologique, familiale dans 50 à 70 % des cas et volontiers considérée comme autosomique dominante. Toutefois, et bien qu’il s’agisse d’une des maladies neurologiques les plus fréquentes, il est très difficile de mettre en évidence les bases génétiques de cette pathologie et il apparaît qu’il existe une hétérogénéité génétique des formes familiales. Notre projet a pour but l’identification des  bases moléculaires impliquées dans le tremblement essentiel familial par des études de liaison génétique et par l’analyse de gènes candidats dans les formes familiales. Notre approche nécessite de poursuivre le recrutement de grandes familles de tremblement essentiel familial afin d’étudier l’histoire naturelle du tremblement essentiel, de décrire les différents phénotypes rencontrés et de constituer une banque clinico-génétique (vidéo, fiche descriptive exhaustive, ADN, cellules). Actuellement notre banque d’ADN et de cellules abrite les échantillons de 91 patients atteints de tremblement essentiel provenant de 39 familles distinctes (dont 9 familles avec au moins 3 individus atteints
prélevés). Le phénotypage précis des individus est réalisée à l’aide d’une fiche préalablement établie permettant de consigner les renseignements individuels, les éléments du diagnostic, des critères d’exclusion et les résultats d’examens complémentaires. Des échelles de cotation sont aussi remplies et une vidéo effectuée suivant un protocole standard permettant une réévaluation ultérieure de chaque individu par deux observateurs neurologues expérimentés indépendants.

Nous avons déjà identifié 2 grandes familles avec un tremblement essentiel familial, informatives en analyse de liaison de manière indépendantes. Pour la première famille, 14 personnes atteintes ont été identifiées parmi les 19 individus examinés et prélevés, sur   3 générations. Cependant l’analyse de cette famille n’a, à ce jour, pas permis de mettre en évidence un nouveau locus. Afin d’améliorer l’informativité de cette grande famille, examinée en 1992 et partiellement revue en 2008, un suivi longitudinal est prévu. Nous serons donc en mesure de préciser le profil évolutif du tremblement chez les patients de cette famille. Une deuxième famille identifiée récemment regroupe plus de 10 individus atteints sur 2 générations, principalement en France et en Belgique.

Nous prévoyons d’effectuer une analyse de liaison génétique à l’aide de puces de génotypage de type SNP (single nucleotide polymorphism, polymorphisme de nucléotide simple) Illumina® permettant une étude pangénomique (6000 SNP). Cette étude sera réalisée sur les 2 plus grandes familles ainsi que sur les autres familles si leur extension est possible dans les mois à venir. Un génotypage de marqueurs microsatellites sera éventuellement effectué pour confirmer certaines liaisons. Le ou les loci identifiés, à l’aide du logiciel MERLIN en utilisant un mode de transmission autosomique dominant, seront ensuite testés sur les familles de plus petite taille afin d’affiner la taille de la région.

Selon le résultat de l’analyse de liaison, des gènes candidats pourront être séquencés tels que LINGO1, DRD3, SCN8A, GABRA1 ou des gènes à expression cérébelleuse – notamment au niveau des axones des cellules de Purkinje – et/ou striatale mais aussi d’autres gènes situés dans les loci identifiés. Un séquençage systématique des régions codantes des loci validés pourra être envisagé à moyen terme à l’aide de la nouvelle technologie de séquençage disponible au génoscope. La recherche de réarrangement à l’aide de puce CGH Nimblegen sera également possible localement. Après identification du gène muté, la disponibilité d’une collection de patients dans notre banque d’ADN nous permettra de déterminer la fréquence de cette forme par la recherche systématique de mutations soit par séquençage soit par utilisation de technologies de criblage rapide.